SAINT-HONORé
PATRON DES BOULANGERS
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Saint-Honoré est le patron des boulangers, il est fêté le 16 Mai de chaque année à l'occasion d'une fête instaurée par JP Raffarin en 1996
L a vie de Saint Honoré a
été simple, exempte de rigueurs et de supplices. Les miracles, qui témoignèrent
du pouvoir du VIIIe évêque d'Amiens, sont empreinte d'une poésie toute
humaine: nulle trace de ce merveilleux terrible ou suave qui illumine les récits
de la Légende dorée dans laquelle pour cette raison sans doute Jacques de
Votagine n'a point donné place à ce Saint qui fut peut-être heureux !
Cependant, le culte de Saint Honoré est lié, dans toute la France, au symbole
même de notre nourriture, à cet aliment que le Christ a trouvé digne de
figurer dans la prière qu'il nous a enseignée:
Mon Père qui êtes dans les cieux.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Saint Honoré, patron des meuniers, des marchands de farine, des
boulangers et de tous ceux dont le travail assure l'essentiel de notre
subsistance, est le Saint dont la protection nous est la plus nectarifère, car
il n'est point d'homme qui ne répète avec angoisse le vieil adage:
Jamais ne vienne demain
S'il ne rapports du pain.
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Honoré naquit au village de Port-le-Grand, en Ponthieu, au début
du VIe siècle. Sa famille, selon les Bollandistes, était une des Premières du
pays.
Dés son jeune âge, l'enfant témoigna de pieuses dispositions:
les prières et le jeûne faisaient ses délices. On lui donna pour maître
Saint Béat, évêque d'Amiens, A la mort de son père spirituel, survenue vers
554, le peuple et le clergé, édifiés par son zèle et ses vertus, le désignèrent
pour lui succéder. il refusait cet honneur, un rayon céleste et une huile mystérieuse
descendirent sur sa tête, signe de la volonté divine. Il se trouva ainsi
miraculeusement consacré.
La légende rapporte qu'à ce moment même, sa nourrice était
occupée à cuire le pain dans le fournil du château paternel. Au récit de ce
prodige, surprise et incrédule, la vieille femme s'écria, en manière de défi,
qu'elle croirait en ces paroles insensées si le fourgon qu'elle venait de jeter
sur le sol prenait racine. Dans l'instant, il fut transformé en un mûrier qui
se couvrit de feuillage et de fleurs. C'est pourquoi les fleuristes se sont mis
sous la protection de Saint Honoré, tandis qu'en mémoire de ce miracle, associé
à la préparation du pain, les boulangers l'ont choisi pour patron.
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Lupicin, prêtre du diocèse d'Amiens, reçut un jour la révélation du lieu où étaient enterrés les martyrs Firmin, Victoric et Gentien, morts en l'an 303. Il creusa le sol et découvrit leurs corps. Dans sa joie, il entonna un hymne d'allégresse dont les accents atteignirent Honoré qui se trouvait à plus de deux lieues de là. L'évêque, accompagné du clergé et d'un grand concours de fidèles, arriva bientôt et procéda à l'Invention des reliques.
Un dimanche de Pâques, comme Honoré célébrait la Messe à
Saint-Acheul, il vit apparaître, dans une nuée lumineuse, la main du Christ
qui, saisissant l'hostie, le communia, renouvelant ainsi, la grâce accordée,
lors de la Cène, aux apôtres. Les armoiries de l'abbaye de Saint-Acheul
portent une main en souvenir de ce miracle.
Saint Honoré évangélisa des contrées où la foi chrétienne était encore
mal connue et il obtint d'innombrables conversions. Au cours d'une de ses
visites épiscopales, il mourut à Port-le-Grand. C'était le 16 mai 600. Il fut
enterré dans son village natal; son corps fut placé sous le maître-autel
d'une église bientôt bâtie en son honneur.
Les reliques de Saint Honoré demeurèrent au lieu de sa mort
jusqu'à l'invasion des Danois et des Normands. Pour les préserver de toute
profanation, elles furent, à cette époque, conduites à Amiens. Cette
translation fut marquée par un nouveau miracle : le corps avait été déposé
dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul. Lorsqu'on l'enleva, pour le porter à
la cathédrale, le Crucifix, qui dominait le jubé, se pencha pour saluer la dépouille
du Saint évêque et l'accompagna longuement du regard. Ce Christ, à la tête
inclinée, connu sous le nom de Saint Sauve, se voit encore dans la cathédrale
d'Amiens dont le portail méridional, dit de la Vierge Dorée est, en partie,
consacré à Saint Honoré.
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En l'an 1060, une sécheresse exceptionnelle mit en péril les récoltes.
L'évêque ordonna qu'on sortît la châsse de Saint Honoré pour une procession
solennelle autour des murs de la cité. Aussitôt la pluie tomba en abondance et
la disette fut évitée. En 1663, au contraire, des pluies torrentielles désolaient
le pays et entravaient la rentrée des blés. Une procession, faite dans les mêmes
conditions, mit fin aux averses et le temps tourna au beau. C'est pourquoi Saint
Honoré est invoqué pour obtenir et pour arrêter la pluie. Dans l'un et
l'autre cas, sauvant les récoltes et le pain à venir, il protège les meuniers
et les boulangers.
Le culte de Saint Honoré se répandit très vite au delà de son
évêché, Il est toutefois difficile de préciser à quelle époque il devint
populaire dans toute la France et particulièrement à Paris. Au début du XlIle
siècle en 1204, Renold Chercins et sa femme Sibylle firent bâtir, hors les
murs de la ville, vers Clichy, une chapelle consacrée à Saint Honoré et y
fondèrent plusieurs canonicats. Les derniers vestiges de cette collégiale ont
disparu sous le Second Empire, mais dès 1218 elle avait donné son nom à la
porte, puis à la chaussée, avant que l'ancienne rouie du Roule et de Clichy,
prit, dans son ensemble, le nom de rue Saint-Honoré.
C'est sur le terrain, dépendant de cette église, que fut fondé,
également, au début du XIIIe siècle, le collège des Bons-Enfants, placé
sous la protection de la protection des boulangers, sans doute à cause du
voisinage de la chapelle, mais aussi parce que ces étudiants pauvres vivaient
du pain qu'on leurs donnait, ainsi que l'a noté, dans le " dit " des
Crieries de Paris, Guillaume de la Ville Neuve.
Les bons enfants, orrez criez
Du pain !
n'es veuil pas l'oublier.
L'habitude de manger le grain ou la farine sous forme de pain,
vint sans doute, comme toute civilisation, d'Extrême Orient. L'ancienne Égypte
a dû connaître très tôt le pain, sous la forme primitive de galettes qu'on
cuisait entre deux pierres, mais c'est d'Asie que les Grecs rapportèrent la
technique définitive qu'ils enseignèrent aux Romains.
Pendant longtemps, on fit le pain à la maison et ce soin incombait
aux femmes. Les premières boulangeries publiques apparurent à Rorne,
sous Trajan et bientôt on en compta près de trois cents.
Elles formaient un puissant collège régi par une législation d'ailleurs très
rigoureuse. Les boulangers étaient liés à la communauté - dont les esclaves
étaient exclus - de générations en générations : ils ne pouvaient en aucun
cas changer de métier, mais ce corps dans l'État était protégé, défendu,
honoré on vit même certains boulangers, qui s'étaient particulièrement
signalés par leur dévouement, en temps de disette, élevés à la dignité de
sénateurs.
Le pain fut introduit en Gaule par le colonie de Phocéens qui
fonda Marseille. De là, l'usage se répandit dans tout le pays, mais la
boulangerie ne fut père organisée qu'au temps de Charlemagne, et seulement
dans les grandes villes. Les paysans cuisaient leur pain chez le seigneur : les
fours, comme le pressoir banal, étaient accessibles à tous.
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Les hommes qui faisaient le pain ne prirent le nom de boulangers
- peut-être à cause de la forme de boule de miches que vers le XVIe siècle,
ils furent d'abord connus sous celui de talemeliers, déformation probable de
tamisiers, du tamis dont ils se servaient pour séparer la farine du son. Les
ateliers de boulangerie comprenaient, en dehors du maître, un gindre, des
vanneurs, des bluteurs et des pétrisseurs.
Les statuts, présentés au XIIle siècle à Etienne Boileau, témoignent, par
leur précision, de l'ancienneté de la communauté.
Le métier était placé, par privilège spécial, sous la juridiction du Grand
Panetier du Roi. Selon le livre des Métiers, il nommait un maître, chargé de
l'administration de la communauté, et des jurés pour la surveillance du pain.
Les maîtres talemeliers étaient exempts du guet. Pour être apprenti, il fallait
avoir quatorze ans révolus et n'être atteint d'aucun mal dangereux qui se
puisse communiquer , Nul ne pouvait être talemelier s'il n'achetait son métier
du Roi. C'était devant le Grand Panetier - ou son représentant - que le futur
maître devait satisfaire à une coutûme, déjà ancienne au XIIIe siècle, et
commune à toute les province.
Pour passer maître, il fallait avoir fait quatre années
d'apprentissage ! A Noël, l'apprenti devait verser vingt-cinq deniers. En
effectuant ce paiement il présentait un bâton qui était marqué d'une encoche
par le receveur. Quand le bâton en portait quatre, l'homme était en règle et
pouvait s'établir. Il se rendait alors à la maison du maître talemelier où
tous les confrères l'attendaient à la porte. Il offrait au maître un pot
rempli de noix et de nieules (oublies) et son bâton, en osant :" Maître,
j'ai fait mes quatre ans " .
L'officier de coutume, pris à témoin, approuvait, le maître rendait son pot
talemelier qui la jetait contre le mur et la brisait en signe d'émancipation.
Tous pénétraient alors à l'intérieur de la maison pour prendre part au feu
et au vin qu'il buvaient à la prospérité du nouveau maître. Cette cérémonie
avait toujours lieu le premier Dimanche de Janvier. On a cru voir, dans le pot
offert et brisé, une survivance d'un hommage rendu par le talemelier au Grand
Panetier ; curieuse coutume qu'on ne retrouve dans aucun autre métier. L'usage
du pot de noix subsista jusqu'à la fin du XVIIe siècle - il fut alors modifié
ainsi que nous l'apprennent les statuts de 1665 : le nouveau maître était tenu
d'apporter, le premier dimanche après les Rois, " un pot neuf en terre
verte ou en faïence, dans lequel il y aura un romarin, ayant sa racine entière,
aux branches duquel romarin, il y aura des pois sucrez, oranges et autres fruits
convenables suivant le temps... "
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Les rois surveillèrent toujours de très près la fabrication et
la vente du pain : il était interdit de cuire les dimanches et de nombreux
jours fériés, aussi mangeait-on souvent du pain rassis. Philippe le Bel avait
établi que tous les pains saisis parce que meschevés ou mestournés (trop
petits), ratés (entamés par rats ou souris), ars ou eschaudés (trop durs ou
trop cuits) seraient vendus à bas prix, au marché, entre Notre-Dame et
Saint-Christophe.
L'Ordonnance du Roi Jean 1350 accorde, en ces temps de grande misère, une large
place au pain; il est stipulé " que quatre preuxd'ommes, les-quels ne
seront pas talemeliers, jureront toutes les haynes faveurs ou gain mises hors,
faire tenir et garder sans enfraindre icelles ordonnances."
En Septembre 1439, Charles VII convoque tous les boulangers de
Paris et de sa banlieue, pour arrêter les conditions de la fourniture de la
farine, l'approvisionnement public et le prix du pain. Avant cette date, l'unité-type
était la denrée ou pain d'un denier et le doubleau ou pain de deux deniers, Le
prix était toujours le même : suivant que le blé augmentait ou diminuait on
diminuait ou augmentait les dimensions du pain. Dès lors, le pain sera vendu au
poids et ce sont les prix qui varieront. Complétant ces mesures, Richelieu
exige que les boulangers marquent leur pain et tiennent, dans leur boutique,
poids et balances, à peine de déchéance.
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Au XVIle siècle, le ravitaillement de Paris était assuré par
les seize cents boulangers de la ville, de Gonesse, de Corbeil, de
Saint-Germain-en-Laye, répartis en quinze marchés, ouverts à jours et heures
déterminés. Les statuts du bourg de Saint-Germain de 1659 mentionnent le pain
de chapitre, qu'on faisait pour les chanoines de Notre-Dame, le pain bourgeois
ou de brode et le pain de Gonesse ou à la Reine, réputé depuis le Xllle siècle.
La Gabelle ne permettait qu'aux seuls pains de luxe d'être salés aussi
assaisonnait-on les autres à l'anis, au thym, à la marjolaine ou au romarin.
Les boulangers coupables d'avoir fraudé, étaient durement punis ; leur four était
muré, ils risquaient des amendes, la perte du métier, et au Moyen Age, la
flagellation publique. En 1541, un boulanger de Paris, chez lequel on avait
trouvé des pains ayant six onces de moins que le poids légal, est condamné à
faire amende honorable devant la porte de Notre-Dame tenant un cierge d'une
livre de cire, à demander pardon à Dieu et à la justice, à payer huit livres
parisis, enfin à subir un emprisonnement. En 1739, un boulanger, chargé de la
fourniture du Grand et du Petit Châtelet, est condamné à 2.000 livres
d'amende pour avoir altéré le pain des prisonniers.
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A peu près dans toute la France, les boulangers ont pris pour
patron Saint Honoré et le fêtent le 16 mai. Toutefois, La Mothe Vayer prétend
que, dans certaines régions, ils ont choisi Saint Michel à cause des miches
qu'ils cuisaient.
A Paris, la première confrérie fut érigée en l'église Saint-Honoré mais,
peu à peu, elles devinrent nombreuses et les boulangers de gros et de petits
pain et des faubourgs eurent des chapelles, selon le Calendrier des confréries,
à Saint-Nicolas du Chardonnet, Saint-Laurent, Sainte-Marguerite,
Saint-Hyppolyte, Saint-Sulpice, Saint-Roch et Saint-Lazare. Les boulangers
avaient un culte spécial pour le Saint qui préservait de la lèpre. Ils se
considéraient, à cause du feu, comme spécialement exposés à ce mal. En un
temps de disette, ils secoururent la maladrerie de Saint-Lazare et s'engagèrent,
par la suite, afin de s'assurer la protection du Saint, de continuer à fournir
un pain par semaine, dit pain de fenêtre. En échange de cette redevance
volontaire, tous les boulangers atteints de la lèpre, quel que soit leur pays
d'origine, étaient reçus et soignés au monastère où ils avaient leur confrérie.
Mais c'est surtout Saint Honoré qu'on trouve sur les méreaus ( jetons de confréries
antérieurs aux images ) et sur les bannières de corporation. Il est toujours
représenté avec sa pelle. Les armoiries des boulangers d'Arras : " d'azur
à un Saint Honoré mitré d'or, tenant à dextre une pelle d'argent chargée de
trois pains de même et une crosse aussi d'or " furent adoptées par les
boulangers de Paris. Elles inspirèrent Santeuil qui rima, à la demande de
ceux-ci, son quatrain propre aux multiples variation.

Saint Honoré
Est honoré
Dans sa chapelle
Avec sa pelle.
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D'après Du Broc de Segange, Saint Honoré n'est
pas seulement le patron des boulangers, des meuniers mais aussi des pâtissiers
et des oublieurs. Jean de Garlande nous apprend que les pastillarii
s'enrichissaient au XIIIe siècle, en vendant des pâtés de porcs, de volailles
et d'anguilles assaisonnés de poivre, des tartes et des flans farcis d'oeufs
frais. ou pourris. On joignait aux Pâtissiers, les gastilliers, les fouaciers
rendus célèbres par Rabelais et les oublayeurs.
Ces derniers étaient des pâtissiers qui ne fabriquaient pas de pâtisserie
grasse mais des oublies dont le nom dérivait des oblies ou hosties qu'ils
avaient seuls le droit de préparer pour la communion. Aux jours de pardons, de
pèlerinages, les oublayeurs débitaient des quantités prodigieuses de ces pâtisseries
légères au sucre et aux épices, enjolivées d'images ou d'inscriptions
pieuses appelées gaufres de pardon. ils établissaient leur fournaise à deux
toises de l'église, devaient être hommes de bonne vie et renommée, ne pas
employer de femmes pour la fabrication des hosties, et étaient tenus de se
servir de " bons et loyaux œufs ". Ils avaient le privilège de
travailler le dimanche. Pour devenir maître, il fallait faire mille oublies en
un jour ! La taille de 1292 cite cent vingt " oubloiers " parmi
lesquels, rue du Marché-Palu, l'oubloier du Roi.
Au XVIe siècle, il était d'usage d'appeler le soir les marchands
d'oublies dans les maisons : on jouait aux dés leurs pâtisseries et quand le
coffin était vide, le marchand devait chanter :
Oublie, oublie ! Hoye à bon pris
Pour les grands et pour les petis ;
Mer dez charmeront le billon
Je n'y lairray mon corbillion
Mais je chanteray la chanson !
La chanson devint bientôt prétexte à toutes sortes de libertés et de tels abus s'ensuivirent qu'une ordonnance de 1722 supprima les colporteurs d'oublies et menaça les délinquants de prison. Ainsi disparurent-ils, mais ils furent remplacés par les marchands de plaisirs qui connurent une grande vogue au XVIIIe siècle. Favart, dans la Matinée des Boulevards (1758) en a popularisé le souvenir :
V'la la p'tit' marvhand'de plaisir
Qu'est-ce qui veut avoir du plaisir ?
Venez garçons, venez fillettes :
J'ai des croquets, j'ai des gimblettes
Et des bonbons à choisir.
V'la la p'tit' marchand' de plaisir
Du plaisir, du plaisir !
Au jardin des Tuileries, les derniers marchands de plaisir
faisaient, il y a quelques années encore, la joie des enfants.
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Du point de vue religieux et charitable, la confrérie
des boulangers ressemble à celle de tous les autres métiers.
A Arniens, en 1408, les statuts établissent que " lesdits boulenguiers,
paticiers et fourniers seront tenus d'estre en estat et habit honnoutable selon
leur faculté et puissance à la pourcession, le jour Saint Honoré tant et si
longuement qu'elle sera faicte, et à la messe, tant qu'elle soit cantée en la
capelle de ladicte confrairie... à peine de XIII deniers à appliquer au
prouffit de ladicte confrairie et dudict métier ".
Les Lettres Patentes de Charles VII suppriment le repas de réception
des maîtres afin que les frais en soient attribués à la " confrairie,
arts services et aornernents à charge d'icelle ". Dans les statuts de
1719, il est encore stipulé que " les maitres, sans aucune exception,
paieront 41 sols par an pour la confrérie de Saint Honoré et de Saint Lazare.
Ledit recouvrement sera employé au service divin et aux services pour les trépassés,
qui se célèbrent le lendemain desdictes fêtes ".
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Parmi les nombreux dons faits par les confréries
de Saint Honoré, le vitrail, offert au Mans, lors de la consécration du choeur
de la cathédrale Saint-Julien, en 1240, témoigne de la ferveur et du zèle des
confrères, et apporte une précieuse documentation sur les usages du métier,
sur le costume et les outils des artisans.
Sébillot, dans les Traditions et superstitions de la Boulangerie, a recueilli
coutumes et légendes qui marquent cette alliance fraternelle entre l'homme et
son pain. Ce n'est pas seulement l'aliment mais une force, vieille comme la
faim, comme la joie, comme la douleur, force préservatrice empreinte d'une poésie
que l'expérience et le temps on faite bienfaisante, amicale; se sentent pris
d'un respect religieux. Le pain n'est-il pas la substance que le Christ a
choisie entre toutes pour la changer en sa chair ? Il prit du pain et, ayant
rendu grâce, il le rompit et le leur donna, disant : "Ceci est mon
corps qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi."
En Berry, c'est une profanation de s'asseoir sur l'arche où on fait le pain. En
Gironde, le pain posé sur la croûte noire, le ventre en l'air, fait pleurer la
Vierge; en Berry encore, on affirme que, placer le pain sens dessus-dessous, le
chasse de la maison et, en Normandie, que cette faute attire la pluie...
On croit partout au pouvoir de protection du pain bénit : en Bretagne, il préserve
de la foudre, dans l'Aube, celui béni le jour de la fête du pays, garantit de
l'incendie et plus simplement, en Touraine, quand on fait la lessive on en donne
un morceau au pauvre pour s'assurer le beau temps.
Ce pain si précieux, il ne faut pas en perdre une parcelle :
Qui ramasse ses miettes
N'aura pas disette.
On fait manger, en Beauce, aux petits enfants les
restes du pain qui a été porté aux champs pour les moissonneurs et on leur
raconte qu'il est meilleur parce que les alouettes ont chanté dessus !
Quant à l'usage partout adopté de sanctifier le pain en le marquant d'une
croix, avant de l'entamer, on l'attribue généralement au souvenir des cinq
pains multipliés par le Christ et en Haute Bretagne à une vieille légende :
un jour, la Vierge se promenait sur la terre; elle voulut éprouver la chanté
d'une pauvre veuve et lui demanda du pain. Celle-ci lui présenta un chanteau
que les deux femmes partagèrent mais avant de l'entamer, la mystérieuse
visiteuse fit une croix dessus et elles mangèrent à leur suffisance sans qu'il
diminuât... Depuis lors, afin de n'en jamais manquer, les Bretons font toujours
une croix sur leur pain.
En Gironde, en la traçant, on dit
Croix de Saint Pierre, croix de Saint Jean, que le bon Dieu m'en
donne toujours autant.
Mais l'aliment soutient de notre corps, apaise aussi nos peines :
Il n'est pas de chagrin
Qui ne s'avale avec le pain.
Dans le Morvan enfin, où le pain bénit a conservé son antique caractère de nourriture spirituelle on prononce ces paroles :
Pain bénit, je te prends
Au nom du Saint Sacrement,
Si je meurs sans confession
Que tu me serves de communion.
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Texte de Renée MOUTARD-ULDRY.